Paroisse Notre Dame de Bonne Nouvelle Nancy
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Homélie Noël 2015

C’était il y a une dizaine de jours. Je passais quelques heures avec une des deux communautés « Foi et lumière » de notre diocèse. Vous savez : ces communautés qui réunissent des familles dont un des membres (enfant, jeune ou adulte) souffre d’un handicap intellectuel. Cette communauté qui se réunit chaque mois fêtait Noël avec un peu d’avance sur le calendrier. Il y avait beaucoup de joie sur les visages et dans les coeurs, et de belles lumières dans les yeux de ceux et celles qui étaient là. Et voilà qu’une maman nous a raconté ceci : « J’ai un filleul, un petit garçon qui se prénomme Pacôme. Je lui parlais de Noël, et je lui ai demandé : ‘Noël, c’est quoi ?’ Il m’a répondu : ‘Noël, c’est Jésus’. Et je lui ai dit : ‘Jésus, c’est qui ?’ Il m’a répondu : ‘Jésus, c’est le tout-petit’.


Chers amis, il nous arrive de dire que la vérité sort de la bouche des enfants. Ce jour-là, la vérité est bel et bien sortie de la bouche du petit Pacôme lorsqu’il a dit : « Noël, c’est Jésus… et Jésus, c’est le tout petit ». Avec la simplicité de son âge, il exprimait ce qui est au coeur du mystère de Noël. Noël, c’est Dieu qui se fait tout petit, Dieu qui se fait fragile comme peut l’être un bébé dans les premiers jours de sa vie, et comme le demeure toute personne, même à l’âge adulte. Car la fragilité, la vulnérabilité marquent notre condition humaine. S’il nous arrive de l’oublier, la vie se charge de nous le rappeler : fragilité devant la maladie, l’accident et le handicap, fragilité du couple et de la cellule familiale, fragilité sociale due aux aléas de la vie économique ; fragilité de l’exilé ; fragilité du grand âge et de la fin de vie. C’est cette condition, notre condition humaine, que Dieu a faite sienne en venant au monde dans la nuit de Bethléem.


Dès les origines de l’Eglise, cette affirmation d’un Dieu assumant jusqu’à la mort la fragilité et la vulnérabilité d’une existence d’homme a paru impensable et inacceptable à beaucoup parce que contraire à l’idée qu’ils se faisaient de Dieu. Et pourtant, c’est bien cela qui est au coeur de notre foi chrétienne et qui en constitue l’originalité, ce que nous appelons le mystère de l’Incarnation. Ce mystère est au coeur du Credo que nous chanterons dans quelques instants : « Pour nous les hommes et pour notre salut, il descendit du ciel. Par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme ». C’est d’ailleurs pourquoi la tradition veut qu’à ce moment précis du Credo où, reprenant un verset du Prologue de saint Jean, nous proclamons que Dieu s’est fait homme, « et homo factus est », nous nous inclinions pour manifester la grandeur et la profondeur de ce mystère.


Oui, frères et soeurs, nous croyons en un Dieu non pas tout-puissant, du moins à la manière dont le monde comprend la toute-puissance, mais en un Dieu fragile et vulnérable. Nous croyons en un Dieu non pas très-haut tel un être dominateur, mais en un Dieu très-bas comme l’a écrit très justement un auteur contemporain. Dieu à hauteur d’homme ! Voilà ce qui est révélé à Noël ! Voilà ce que nos crèches manifestent : la fragilité de Dieu, une fragilité qu’il a voulu assumer pour que nous soyons sauvés à tout jamais de nos propres fragilités. En définitive, de quoi Noël nous parle ? Noël nous parle de l’amour infini de Dieu pour l’humanité et pour chacun d’entre nous. Comme il est écrit dans l’Evangile selon saint Jean, « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique pour que quiconque qui croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle ». En ce jour de Noël, jour d’émerveillement, disons à Dieu notre reconnaissance !


Et qu’aussi cette célébration d’un Dieu qui se fait vulnérable nous rende attentifs aux plus vulnérables de nos sociétés. Les évangiles en témoignent à longueur de pages : Jésus n’a cessé de se faire le prochain de tous ceux que la Bible appelle les pauvres et les petits. Nous voulons suivre Jésus, nous voulons que sa vie et son message inspire et oriente notre vie. Alors, suivons-le aussi sur ce terrain-là ! Notre pape François ne cesse de nous le redire. Nous sommes tous appelés – je le cite - « à avoir soin des plus fragiles de la terre », ces plus fragiles que sont notamment les enfants à naître et les personnes handicapées, les malades en fin de vie et les personnes en grande dépendance, celles qui sont sans emploi, sans toit, loin de leurs pays, à la rue… N’est-il pas significatif que Noël suscite toujours un vrai et bel élan de générosité à l’égard des plus fragiles d’entre nous ? C’est que fragilité appelle la tendresse. La fragilité demande que l’on prenne soin de celui qui la vit, comme le Bon Samaritain de l’Evangile a pris soin du blessé abandonné au bord du chemin. C’est à cette attention-là que nous appelle chaque année la crèche de Noël. Et c’est à mon sens une des raisons pour laquelle une large majorité de nos concitoyens n’est pas choquée par la présence de crèches dans l’espace public. Non la crèche n’impose pas à qui que ce soit de croire en Dieu ! Non la crèche ne met pas la République en danger ! Bien au contraire, elle lui donne un supplément d’âme en sollicitant ce qu’il y a de meilleur en chacun de nous : la tendresse, la douceur, notre capacité à aimer, à prendre soin des plus fragiles. Et si pour des hommes et des femmes elle est comme une étoile qui les oriente vers Dieu, c’est de façon non contraignante, en toute humilité.


Frères et soeurs, chers amis, si vous me demandez de résumer en quelques mots le message de Noël pour que vous emportiez ces mots-là avec vous, je vous proposerai volontiers la réponse du petit Pacôme : « Noël, c’est Jésus… et Jésus, c’est le tout petit ».

 

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